Florent Tazzolio, "Temps, mythe et Gnose chez Plotin", in Religion et violence, Théophilyon, Revue de l'Université Catholique de Lyon, Tome VIII, Vol. 3, Lyon, 2003
Extrait :
La critique des gnostiques par l’auteur des Ennéades est la conséquence immédiate de la différence structurelle entre deux conceptions du monde hétérogènes. Si Plotin traite longuement des gnostiques en II, 9, c’est avant tout dans une volonté d’opposer à une vision tragique du monde et de ses principes, notamment ceux de sa création et du démiurge, une conception optimiste et dynamique corrélative à la conversion vers le Principe, toujours présent, et sans doute à l’harmonie des intelligibles et de l’Ame qui procède sans contrariété de ce Principe ineffable et négatif. L’émanation plotinienne s’oppose à la création gnostique.
L’idée de salut est obsolète face à ce que Jean Trouillard appelait la manence (monè) du Principe, face à la conversion aussi à l’unité et la hiérarchisation de la procession des hypostases selon la valeur (densité ontologique). Cette différence rend hors-contexte toute forme de sotériologie gnostique et de temporalité de la création. Tous les niveaux de la procession plotinienne sont en effet interdépendants et en compénétration éternelle puisque la poiêsis comme contemplation du supérieur engendrant l’inférieur à partir d’une théorie des images qui procèdent, est une production continue et structurante, c’est-à-dire fidèle à l’émanation sans contrariété à partir de l’Un, à l’image de la source et du fleuve, selon un mouvement en ligne droite.
Dans ce sens, le salut, seule réponse satisfaisante à la décomposition de la création gnostique vers le mal, n’est rendu nécessaire qu’en tant qu’il justifie artificiellement le rejet du monde vécu comme mauvais. Chez Plotin, au contraire, il n’est pas justifié puisque l’émanation est éternelle et continue jusqu’au fond de la procession des hypostases, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de salut nécessaire face à la présence permanente d’un lien à l’Un explicité par la manence de l’être en lui. Le salut est déjà donné dans la procession et la conversion ne fait qu’actualiser ses racines procédantes.
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